Si l’hypothèse « intensité sociale » procède, notamment, du renoncement à l’hégémonie des modes de production industriels ainsi que de la mécanisation systématique des processus de transformation de la matière en matériaux de construction, force est de constater que les tenants de cette posture ne jouent pas à domicile et ont, frontalement, une légère distorsion de concurrence qui s’appelle le coût de construction.
Lorsqu’un mur porteur bâti en terre crue coûte 4 à 5 fois plus cher qu’un mur en béton armé coulé sur place à grand renfort de camions-toupie, la messe est dite. Dans la grande majorité des cas.
Mais, au risque de trancher avec la litanie péremptoire des économistes néo-libéraux de tout poil, nous affirmons qu’il n’y a pas de fatalité à cet état de fait contemporain et qu’il s’agit d’un choix de société consciemment orchestré par une politique capitaliste et coloniale qui a transformé en un siècle et demi les modalités de production humaine.
En cause, une accumulation des richesses permise par un ordre du monde ontologiquement inégalitaire et, fait historique plus nouveau, l’incroyable bouleversement induit par le déploiement de l’usage des énergies fossiles à bas coût.
La littérature scientifique nous apprend que l’énergie métabolique humaine produit en moyenne 1kWh d’énergie pour trois heures de travail. A contrario, la même quantité d’énergie se concentre dans 10cl d’essence.
Pour prendre le cas de la suisse, trois heures de travail d’un-e artisan-e coûtent environ 100 CHF. Le décilitre d’essence, lui, ne coûte que 20ct.
Soit 500 fois moins cher.
Dont acte.
Quand bien même nous devons ajouter à cette équation l’amortissement de l’investissement des machines qui vont se nourrir du précieux liquide pour se mettre en mouvement, la distorsion de concurrence est stratosphérique et on comprend très vite pourquoi l’artisan menuisier du coin a du mal à se mesurer au géant suédois du mobilier en kit.
Cette situation de déséquilibre induite entre le coût du travail humain et celui de la machine se vérifie dans tous les pays dits industrialisés. D’autant que les machines sont tout de même plus dociles face aux augmentations de cadences et ont moins tendance à se syndiquer, ce qui est apprécié.
Alors que faire ? La plupart des professionnel-le-s de la politique vous diront que c’est bien triste mais que c’est comme ça, there is no alternative. Le travail coûte trop cher sous nos contrées et il est inévitable de remplacer le travail humain par des machines pour faire face à la concurrence internationale. Sauf si……
Et bien sauf si on rendait l’énergie fossile plus cher et le travail humain moins onéreux.
Non pas en baissant les salaires mais en faisant porter le coût de la protection sociale par les taxes sur l’énergie. En effet, cette part du salaire différé, très judicieusement appelé socialisé (indemnités chômage, assurance maternité, retraite, etc…), est aujourd’hui essentiellement financée par ce qui est iniquement appelé « charges sociales » et qui pèse fortement dans l’équation problématique évoquée plus haut.
A contrario, le coût de l’énergie fossile est honteusement très bas. À l’heure de l’injonction généralisée aux économies d’énergie, on est en droit de se demander si l’effet d’annonce n’a pas comme un trou dans la raquette. Les taxes sur l’énergie sont volontairement ridicules afin de pousser toujours plus loin l’industrialisation des modes de production et la numérisation des services.
Ainsi, si l’on s’amuse à voir ce que donnerait le financement de la protection sociale par les taxes sur l’énergie, on change tout simplement de monde.
Le mur porteur bâti en terre crue, gourmand en main d’oeuvre qualifiée et très économe en énergie grise incorporé devient alors beaucoup plus concurrentiel avec son cousin, ou plutôt son descendant, le mur en béton armé qui, lui, rivalise de sobriété en emploi qualifié mais se situe en pôle position des systèmes constructifs énergivores.
Et on ne parle pas du géant suédois du mobilier qui a des soucis à se faire pour son plan financier.
Une posture claire et affirmée d’encouragement à la création d’emploi local afin de retrouver les pertinences longtemps pratiquées de sobriété énergétique et de valorisation des savoir-faire pour retrouver le sens des mots métieret durabilité.
Alors, there is no alternative ? Yes, THERE IS et ça s’appelle un choix de société.