Auteur/autrice : Marcel Ruchon

  • Travail, un mot pour les désigner tous !

    Certains termes ne parviennent pas à exprimer précisément l’entièreté de ce dont ils parlent, entraînant malentendus et confusion.
    Ainsi va le mot « travail », capable de désigner sans nuance l’implication compassée du comédien reconnu dans son dernier film, l’exaltante tâche de la chargée de mission communication autant que l’obscur labeur quotidien de la femme de ménage nocturne ou du cycliste ubérisé.
    Selon le vocabulaire disponible effectivement tous travaillent.
    Mais selon le brillant économiste américain John K. Galbraith, leurs destins différent absolument :

    Le paradoxe est là : le mot travail s’applique simultanément à ceux pour lesquels il est épuisant, fastidieux, désagréable et à ceux qui y prennent manifestement plaisir et n’y voient aucune contrainte.

    Travail désigne à la fois l’obligation imposée aux uns et la source de prestige et de forte rémunération que désirent ardemment les autres et dont ils jouissent.

    User du même mot pour les deux situations est déjà un signe évident d’escroquerie mais ce n’est pas tout, les individus qui prennent le plus de plaisir à leur travail sont presque universellement les mieux payés, c’est admis.

    « Les mensonges de l’économie » (2002)

    Cet avis autorisé corrobore le questionnement récurent que nous portons sur l’origine des mots et sur les enjeux de manipulation sémantique dont il font l’objet, à fin de brouillage et de maintient des rapports de force en place.
    Ainsi l’imposture de la valeur travail, assise sur son étymologie dominante est un classique du genre : l’inéluctable étymon « tripalium » écarte sans partage les variantes « trabajer » ou « travel », qui proposent une hypothèse dynamique possiblement ascensionnelle en lieu et place d’une coercition inéluctable1.

    Désossons avec entrain toute supercherie en charge de falsifier le langage commun, amalgames, absence de discernement, opacité, néologismes hors sol, inversion de sens … autant de procédés au service d’une propagande lexicale qui contre-façonne les représentations usuelles et corrompt les modes de pensée.

    La résistance passe également par la réhabilitation de mots en voie d’obsolescence.

    Artiste : Nicolas Perrin

    1. Voir « L’arnaque de l’étymologie du mot travail  » Franck Lebas – https://uca.hal.science/hal-02314417v1 ↩︎
  • Maintenance

    maintenance / manu tenere / main tenant
    tenir en main / maintenant / tenir le présent

    La maintenance est une pratique commune, historiquement repérée et encore largement à l’œuvre, notamment dans les sociétés peu industrialisées où la conservation soutenue des objets en état d’usage fait culture.
    Construire en matériaux premiers – l’architecture de cueillette – nécessite un suivi régulier, intimement partie prenante de l’acte d’habiter : comme on reprise les vêtements, on chaule les murs, on remanie une toiture…
    Cet emparement des choses est une routine aimable, une bienveillance domestique, un rituel social pour les ouvrages communs, un attachement autant contraint que protecteur.
    Il apparaît comme un système de don/contre don.
    Au delà de leur propriétés physiques et leur pertinence constructives, les matériaux et systèmes constructifs altérables intensifient l’appropriation et la patrimonialisation de l’ouvrage : la charge d’entretien génère un renforcement du lien entre ce que nous habitons et ce qui en retour nous habite.

    entretenir / soutenir / convenir
    s’entretenir / se tenir ensemble

    Entretenir c’est aussi s’entretenir avec l’objet soigné. La valeur d’usage s’enrichit de cette dimension relationnelle, discrète communauté de destin et d’intérêt, qui lie les parties au delà de toute évaluation raisonnable ; l’usage donne une âme aux objets et aux lieux vécus, tandis que l’attachement est une expérience qui échappe largement au quantifiable1.
    Cette pratique est antinomique du jetable et guère plus compatible avec le recyclable.
    Car il ne s’agit pas de récupérer ni de donner une nouvelle vie mais de prolonger la relation à l’objet, de faire durer cette cohabitation intime dans une économie non monétarisée. Comme on prend soin de son véhicule corps/esprit par une exercitation2 ordinaire.
    L’échange reste ainsi dans l’espace domestique, sans mobilisation de tiers, de dispositif encadrant ni de filière venant transformer, sous couvert d’éco-responsabilité, le donné gracieux en produit marchant, laissant cette écologie domestique à distance des appétits industrialistes.

    1. Voir Traces ↩︎
    2. invitation à une pratique régulière d’exercices physiques et spirituels recherchant une tension verticale du sujet (cf. Peter Sloterdijk « Tu dois changer ta vie »). ↩︎
  • L’innovation, une forfaiture sans vergogne

    À l’écoute de la rhétorique des experts chargés de maintenir le mythe du progrès bienveillant, universel et permanent, l’innovation serait de l’ordre du salut, la digue protectrice d’une civilisation technologique menacée, l’occurrence d’un autre monde possible … le même, constamment innové !
    Le désastre écologique en cours sera contenu par rien d’autre que les technologies de rupture, vecteurs de croissance, garantes du maintien du confort de vie, mantra du discours écofaisandé quotidien.

    L’origine historique du mot instruit sur quelques externalités négatives : innovacion « transformation d’une ancienne obligation par substitution d’un nouveau débiteur à l’ancien » (1297)1.
    Pratique initialement régie par le droit, l’innovation est devenue au fil du temps le remplacement d’un système, d’un dispositif, d’une situation par un/e autre, la reprise de l’obligation initiale étant de plus en plus facultative. Aujourd’hui souveraine, elle s’impose comme base du modèle économique et d’organisation des moyens de production.

    Dans un cadre vertueux, l’opération procédant d’une sincère évaluation avérant la nécessité du remplacement peut être recevable, pour autant que le bénéfice de l’opération soit tangible, voire profite à l’intérêt général.
    Sauf que franchise et transparence n’étant pas les fondements de l’industrie2, qui se nourrit plutôt d’opacité et de subterfuges3 , est-il incongru de percevoir des liens étroits entre obsolescence programmée et innovation ?
    Quoi de mieux qu’une série de dysfonctionnements avant panne pour promouvoir l’achat du nouvel article doté de la dernière invention qui renvoie la précédente à une préhistoire technologique ?
    Quoi de plus incitatif que la dépréciation socio-culturelle lorsqu’il s’agit de convaincre que posséder la dernière version d’un appareil pour rester dans la tendance porteuse justifie le remplacement d’une utilité encore fiable et performante ?
    Quoi de plus moral que de modifier un produit à la marge en prétendant le doter d’une efficacité environnementale supérieure ?

    La substitution de l’ancienne obligation s’apparente plus à « faire rouler la dette », la faible montée vertueuse en qualité de service étant compensée par un discours marketing péremptoire et décomplexé au service du modèle industriel classique : financer la cellule recherche et développement au sein de la maison mère par l’externalisation lointaine et à moindre coût de la production de séries dotées des vulnérabilités qui permettront de reproduire à l’infini ce cercle économique post colonialiste.

    L’innovation s’affirme in fine comme paradoxe peu recommandable : consubstantiellement contrainte pour exister à déclasser incessamment et au plus vite ses dernières actualisations, elle n’a comme seule temporalité l’instant de son émergence.
    Illégitime à toute durabilité ou soutenabilité, l’idéologie qui en découle est une forfaiture environnementale, économique, culturelle et sociale.

    1. source CNRLT https://www.cnrtl.fr/etymologie/innovation ↩︎
    2. du latin industria société secrète (voir kung fu sémantique) ↩︎
    3. eco blanchiment, dieselgate, eaux minérales polluées, shrinkflation, … ↩︎
  • Le bobo aux champs, fable contemporaine

    inspirée par le projet de « pavillon écologique nid-vu, nid-connu » du studio 1984 primé aux AJAP 2014

    Emparé des enjeux de survie planétaire
    le bobo est friand de démarche volontaire.
    A la campagne rendu pour tâter du terrain,
    sa demeure revendique un design post urbain.

    « Posons-nous dans ce coin qui devient notre affaire
    et jouissons sans entrave de n’y avoir rien à faire ;
    j’adore ces petites choses nommées dispositifs
    et qui donnent aux gogos un signe démonstratif.

    De la paille ma chère une matière de vrais gueux
    peu chère et biologique, c’est vraiment merveilleux !
    Pour mon contemplatif je veux de la nature,
    il faut que ma démarche présente fort belle allure.

    Changeons enfin ce monde … surtout par la vitrine
    la notre est saine, vertueuse, parfaite en la doctrine. »

    moralité
    Nid vu et nid connu mais bien médiatisé,
    on n’est plus en ce temps à une farce près.
    Retirons sans réserve de cette courte histoire
    que l’imposture en cours n’a pas de territoire.

  • Elever/couler, ce que les mots construisent

    Les mots ont un sens et souvent, richesse onctueuse de la langue et de l’écriture, le même mot a plusieurs sens.
    Les langages techniques n’échappent pas cette règle.
    Ordonnant objectivement les filières et les modes opératoires, ils affirment les conditions de production des artfacts et expriment par là même l’inconscient qui prévaut à la construction d’un type de société, à son imaginaire symbolique voire à sa cosmologie.
    Les mots sont concomitants et indispensables aux évolutions techniques : l’énonciation du progrès informe sur une innovation tout en l’affirmant nécessaire, formidable, indispensable …
    L’élan d’écoresponsabilité revendiqué aujourd’hui par l’ensemble des forces productives industrielles génère ainsi un flux tendu d’éléments de langage affutés en sorte que « tout change – en mots – pour que rien ne change – en actes. »
    L’invention du concept biosourcés qui renvoie dans une obsolescence sémantique « construire en terre », « construire en bois » pratiqués depuis l’aube de l’humanité, tout en prônant la même chose, en est un exemple patent.

    Dans le domaine de la construction élever et couler sont des termes usuelles, employés quotidiennement dans l’écrit (les prescriptions techniques de mise en œuvre) et dans le parler (les injonctions de chantier). Les interroger met en évidence leur opposition de sens et d’incidences, au delà des questions technico-esthétiques.
    Quelque soit le mode constructif adopté, une des contraintes premières que le constructeur doit maitriser est celle de la force de gravité. Édifier un mur c’est opposer à la pesanteur un assemblage de matières fatalement plus lourdes que l’air et, selon la solution technique retenue, engager différemment l’acte de construire.

    Une réponse technique antique, l’élévation
    Pierres brutes, moellons de carrière, pierres de taille, briques de terre cuite ou crue … forment le registre des maçonneries hourdées à bain de mortier … dans lesquelles depuis le pied de la section à bâtir on élève un mur.
    Le trajet vertical de chaque composant – couteux en énergie – est géré au plus court.
    L’assemblage demande une maîtrise minimale pour que l’édifice acquiert une résistance suffisante dans le temps même de son montage pour assurer sa propre stabilité.
    La réponse technique aux contraintes ainsi qu’au respect des prescriptions dimensionnelles de l’ouvrage se condense dans l’art de l’appareillage. Du choix des éléments à leur incorporation raisonnée dans l’ouvrage, en passant par leur préparation, l’ensemble des opérations convoquent un riche panel d’aptitudes comprenant des savoir faire (les acquis de la formation) et des savoir agir, les prises d’initiatives contextuelles ajustant le projet aux caractéristiques du milieu.
    A une base théorique transmissible s’ajoute ainsi des capacités d’attentivité – observer, estimer, optimiser … – qui appartiennent de manière irréductible à l’opérateur et participe de son parcours de la formation vers le métier.
    Scientifiquement on parlera d’une ouverture à l’affordance des matériaux, leur capacité à entrer en résonance avec le projet de l’opérateur, pour autant que celui-ci préserve une disposition sensible alerte dans l’exercice de son travail.
    Dit autrement, ressentir « la pierre qui va bien » est purement expérimentale et ne peut s’acquérir que par une pratique située et pour partie autonome.
    David Pye attribue à cet artisanat le terme « artisanat du risque » lorsque « la qualité du résultat est continuellement menacée au cours du processus de fabrication« , et que cette qualité  » n’est pas prédéterminée, mais dépend du jugement, de la dextérité et du soin que le créateur exerce pendant qu’il travaille« .
    Ici le travail peut se mesurer en temps, joules, carbone … mais aussi en plaisir, fierté et accomplissement personnel.

    La solution moderne, le coulage
    Avec le recours au matériau à l’état plastique versé dans des moules soit principalement le béton coffré dans des banches, on coule un mur (ou un voile).
    L’opération procède à l’inverse de la précédente ; la matière est élevée au plus haut de la section à bâtir et lâchée entre les parois de coffrage suivant un principe de moulage.
    Toute la masse est soulevée à une hauteur supérieure au faîte du mur et, n’ayant aucune cohésion immédiate (avant une quinzaine d’heures pour un mur à plusieurs semaines pour les ouvrages de franchissement, linteaux, dalles …) elle doit être maintenue par des soutiens extérieurs, sorte d’exosquelette provisoire.

    Au delà de la transition entre énergie métabolique et énergie fossile (la force du maçon versus la puissance des machines), en regardant de plus près, on constate que plusieurs choses sombrent dans le temps même où coule le béton :
    – la diversité des savoir-faire, aplanie par la norme qui exige des résultats homogènes en tout temps et lieux,
    – toute territorialisation et son cortège de signes architecturaux premiers, au vu du caractère unifié et étanche au contexte des systèmes constructifs industriels,
    – la réduction du niveau de qualification, les accessoires et procédés de mise en œuvre conférant aux opérateurs un rôle de manutentionnaire affecté à un registre de tâches répétitives au corpus fermé,
    – l’implication au travail, qui ne peut qu’être factuelle – faire sans affect – aucune initiative n’étant attendue de l’ouvrier dans la ligne du process, attestant de la préférence accordée à l’emploi sur la dynamique du métier et d’une réduction de la progression professionnelle à la seule amélioration de la productivité.

    Suivant à nouveau David Pye, on peut parler « d’artisanat du certain » dans lequel « la qualité du résultat est exactement prédéterminée avant qu’une seule chose vendable ne soit fabriquée« .
    L’opérateur est un des paramètres du process global dont on attend une discrétion d’agir, docile et efficace, plutôt qu’une contribution sachante issue de son expérience propre.
    La mesure de ce travail est quantitative et performantielle, dans le registre strictement objectivable de la productivité.

    Vers une écologie du travail
    Le passage de l’élevé au coulé éclaire sur les conséquences du glissement d’une filière à l’autre. En l’espèce, le naufrage est acté : le progrès matérialisé par le béton – la pierre liquide des poètes béats de la modernité – se retourne comme un gant lorsqu’une grille de discernement critique élargie aux notions d’utilité sociale, d’intensité sociale et plus largement d’écologie du travail est déployée :
    – diminuer la part de main d’œuvre qualifiée d’une filière installée est une régression énergétique, l’énergie métabolique étant renouvelable à la différence de celle des machines,
    – augmenter la capacité productive des machines sur lesquelles aucune contribution sociale n’est prélevée est une érosion manifeste du système de solidarité dont nous disposons,
    – c’est en même temps une faillite culturelle au sens où les savoir-faire, et particulièrement ceux de l’artisanat, font partie intégrante du capital immatériel d’un pays, d’une région, d’un groupe social, –autre avatar culturel induit, la négation des expressions constructives situés qui sont avant tout des réponses adaptés aux spécificités environnementales des milieux habités, les solutions techniques universelles ayant fait leurs preuves, dans différents domaines, de leur impertinence écologique,
    – déqualifier et démonétiser les métiers manuels à haute valeur culturel ruine leur attractivité à l’adresse des jeunes et des personnes en reconversion alors que foisonnent les bulshit jobs stériles et démotivants ainsi que des filières saturées.

    L’observation portée sur la maçonnerie concerne l’ensemble des corps de métier du bâtiment, notamment ceux du second oeuvre. Le passage du plâtre travaillé a fresque à la feuille de plâtre cartonnée vissée sur rails métalliques est un exemple patent de captation de valeur en amont du chantier – lieu d’élaboration et de mise en œuvre.
    Cette confiscation économique induit une mutation holistique de la chaine de production qui génère in fine des objets sans âmes.
    D’une manière générale, réduire l’épaisseur culturelle des métiers à la sécheresse de l’emploi immobilise « la part de réalité humaine aliénée qui est enfermé dans l’objet technique », selon les termes empruntés à Gilbert Simondon. Artisans oeuvriers, maçons, plâtrier, menuisiers… engagent et maintiennent un dialogue avec la matière, échange qui conduit leur travail sur un cheminement ouvert ; Tim Ingold qualifie d’ailleurs fort justement les artisans de « voyageurs itinérants ».

    Avec Paul Valéry, on pourrait voir ici de la poíēsis« action humaine complète » caractérisée par « la prévalence à la dimension de l’œuvrer plutôt qu’à son résultat », tant l’articulation entre les savoirs techniques, les habiletés physiques et le sentiment de l’œuvre ouvrent à une véritable chorégraphie de la mise en œuvre, telle qu’on peut la voir sublimée dans le lancement d’une voute catalane ou l’édification aérienne d’une case Mousgoum.

    Quelle relation peut s’établir lorsqu’enduire un mur consiste à ouvrir un sachet de poudre, fût-elle écoresponsable -pour l’hydrater et l’appliquer selon les consignes posologiques du fabricant ? Tout se passe comme si la pratique généralisée du prêt-à-l’emploi astreint les travailleurs, dépossédés d’un avenir métier, à devenir eux mêmes prêts à l’emploi !
    Une réforme écologique du travail comprend une vigilance sur les techniques de production et les techniques normatives mais également une attention sans faille aux techniques relevant de l’humanisation ; afin que le travail sorte de sa puissance d’aliénation et participe à l’être au monde du plus grand nombre.

  • Dire l’éco-construction, un enjeu écologique

    > cette réflexion en rebond à la note d’Olivier Krumm  » Itinéraire d’un Helvète au pays rassurant de la loi Spinetta » présentée à Crest le 22 septembre 2022 lors d’une session du groupe Issanlas.

    Alors qu’au regard du désastre écologique en œuvre écoconstruire devrait devenir le commun de l’acte de bâtir, la filière du BéTéPé s’attache à promouvoir un verdissement généralisé dans lequel rivalisent labels, démarches, chartes, discours, déclarations péremptoires … une olympiade continue de l’éco-responsabilité.
    Cette polyphonie d’éléments de langage plus ou moins finauds contient un enjeu majeur : il s’agit de dire l’écoconstruction, celle-ci considérée moins comme un enjeu majeur de société qu’une formidable opportunité de marché.
    Dans la guerre moderne sur-instrumentée, celui qui est vu a perdu ; dans la guerre économico- sémantique contemporaine, celui qui dit gagne.
    La force d’énonciation (dite aussi propagande) d’une parole dominante l’emporte, quelque soit sa pertinence et sa justesse, sur tous raisonnements contradictoires, questionnements légitimes et critiques documentées pour clore tout débat, si besoin en activant le 49.3 rhétorique du complotisme.
    Lorsque l’état dit la voiture électrique, elle s’impose comme la solution écologique de mobilité, au mépris d’une somme d’arguments opposables étayés.
    La profération péremptoire supplante la démonstration instruite, le dépassement de la controverse est acté, le faire-savoir vaut pour savoir-faire. Le discours d’appareil, performatif et redondant, assène, prescrit et oblige. Il en va de la frénésie réformiste néolibérale comme de la promotion des matériaux biosourcés.

    Au cours du monde pré-industriel, construire c’est de-fait éco-construire ; éco-construire est un habitus technique et social, le fond culturel des sociétés humaines édificatrices :
    – architecture de cueillette et de réemploi ,
    – valorisation des matériaux premiers (pierres, bois, terre),
    – faible déplacement des matières,
    – faible transformation des composants,
    – forte composante en main d’œuvre et consécutivement développement et renforcement du savoir-faire vers le métier,
    – forte territorialisation .
    Excepté quelques chantiers d’envergures la construction est l’affaire d’une communauté d’acteurs aux cultures constructives relativement homogènes.
    La problématique de l’énonciation est à peine posée tant converge la chaine ressources/savoir- faire/opérateurs…
    Le vernaculaire est une démarche scientifique sans scientifique, qui procède par accumulation d’expériences et de récits, transmis et appropriés même si peu théorisés.
    Participant à la chronique, des lieux, ces pratiques contribuent à la diversité du monde ainsi qu’à une écologie intuitive.

    La séquence de l’industrialisation et la contre culture constructive
    L’industrialisation de la construction rompt la logique vernaculaire en recomposant l’ensemble de la filière – des modes d’extraction des ressources à la qualification des opérateurs en passant par les mutations technologies et énergétiques des process – nécessaire à l’imposition d’une chaîne de valeurs hors chantier.
    Fondée sur une rationalisation des composants cette démarche s’inscrit dans la proclamation de la vérité moderne en adoptant et en renforçant ses fondamentaux : hygiènisme, fonctionalisme, négation du contexte, modélisation hors sol ….
    Dans ce contexte, une éco-construction pionnière s’exprime dans les années 70′ en alternative fondée sur une relecture actualisée des valeurs et des postures vernaculaires ; éco-construire est une militance critique du progrès triomphant, une tentative d’invention par le faire d’une « modernité soutenable » aux épices anarchistes, une enthousiaste utopie concrète :
    – bioclimatisme, énergétique passive,
    – auto construction, coopération,
    – éloge des savoir-faire appropriables,
    – résistance à la spéculation et à l’unification des expressions territoriales,
    – reprise en main des réponses aux besoins fondamentaux, s’abriter, se nourrir …
    – démarche d’autonomie globale.

    L’ère contemporaine du tout transition affirme simultanément l’esquisse d’une prise de conscience de l’impasse industrialiste et une frénésie pour en changer l’apparence sans en modifier la structure. La magie des datas opère des miracles telle la transmutation du béton en matériau écologique ou le reboisement de compensation carbone en forêts.
    L’entreprise biosourciste introduit, sous couvert de légitimation scientifique, une batterie d’instrumentation/évaluation/validation pour que des filières constructives préexistantes à la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb puissent voir leur modeste aventure devenir secteurs éco-industriels pourvoyeurs de points de croissance.
    Dans un élan moderniste retrouvé, l’écologie est promue innovante, artificiellement intelligente et restauratrice du PIB en berne.
    Devenu un impératif écoconstruire se décline en pratiques soumises à la doxa de l’éco-responsabilité officielle et adoptant ses mantras solutionistes :
    – promotion des circuit court et de l’économie circulaire,
    – réemploi de produits industriels,
    – démarche low carbone,
    – techo innovations,
    – smart solutions…

    Dans cette mouvance « éco-tech« , l’écoconstruction adhère à la vulgarisation institutionnelle des éco-alternatives dans lesquelles le prêt-à-penser et le prêt-à-l’emploi cohabitent en excellents termes ; le discernement critique pointant – entre autre – l’impasse de l’obsession compulsive de la lutte anti carbone et questionnant l’absence de prise en compte de l’intensité sociale s’impose comme passager clandestin d’une croisière s’amusant à écologiser entre un colloque sur le green building et un score d’empreinte carbone honorable obtenu sur nogestesclimat.fr.

    Dire une autre écoconstruction, celle des acteurs holistiquement impliqués, est à la fois une résistance et une nécessité tant cet écologisme industriel menace l’acte de construire dans son utilité sociale, culturelle et anthropologique. Pour en dénoncer le piètre niveau performantiel de ses réalisations et la forfaiture à prétendre incarner un modèle innovant, en rupture, en prise avec les enjeux …

    Dire que si l’écologie est la question des conditions d’existences (en étirant la définition d’Ernst Heackel, son inventeur en 1866*), construire et aménager les lieux où habite l’homme ne peuvent être extraits de cette exigence ontologique.
    Revendiquer qu’une situation de crise généralisée présente l’opportunité fertile pour engager une transition sincère vers un autre horizon humain, pour autant que l’inventaire après faillite cosmologique** de la société en cours ait été actée.
    Et surtout dire l’écoconstruction à partir d’une pratique éclairée, alerte et impliquée plutôt qu’emboitée au chausse-pied dans des grilles d’évaluation lacunaires œuvrant à une post-vérité écologique permanente.

    * en croisant notamment le propos scientifique inaugural de Haeckel « nous désignons sous le terme écologie toute la science des relations de l’organisme avec le monde extérieur environnant, ce qui recouvre, au sens large, toutes les conditions d’existence » avec l’éclairage des penseurs contemporains de l’écologie des existants.

    ** les niveaux de transitions couramment promus sont le correctif en tant que gestes et postures prétendant sauver la planète et l’épistémologique pour réformer paradigme et logiciel obsolètes ; dans une culture de l’indiscernement enraciné (écologie = protection environnementale, transition écologique = réduction carbone, mutation des modes de production = croissance verte …) leur efficacité ne saura produire rien de mieux que le green washing simpliste et consensuel auquel on assiste depuis un demi-siècle (le rapport Meadows sur les limites de la croissance date de 1972). Inclure la dimension cosmologique dans la pensée écologique engage une remise en question de la représentation centrale et hégémonique de l’homme moderne, un autre agencement du monde en dépend.

  • Fourniture(s) et pause

    Lors d’un projet construction, les documents de prescriptions qui décrivent le choix des matériaux et les dispositions de leur mise en œuvre utilisent traditionnellement le terme « fourniture et pose ».

    Celui-ci organise de fait l’acte de construire en tension entre la production le plus souvent industrielle des composants et les manutentions utiles à leur incorporation dans l’ouvrage.

    Dans ce diptyque s’engrènent à loisir production, travail, rendement, profits … mais aussi savoir-faire, autonomie, utilité, intensité sociale … autant de problématiques et d’enjeux communs à d’autres filières et qui structurent notre actualité écologique de société « avancée ».

    De pose à pause, il s’agit d’explorer comment défaire quelques monolithes encombrants de la pensée unique pour composer un projet social dont un des totems serait le travail/trabajar versus le travail/tripalium. *

    * https://blogs.mediapart.fr/flebas/blog/240316/l-arnaque-de-l-etymologie-du-mot-travail


    Fourniture(s) 1 – Le Yalta de la société contemporaine

    L’organisation de la société contemporaine obéit à une efficace partition des taches : tandis que le marketing déploie les artifices invasifs aptes débloquer la décision d’achat, la logistique s’emploie à remplir les rayons des lieux de confrontation à la marchandise.

    Car il faut en aligner de l’article pour honorer le mantra libéral « c’est la production qui ouvre des débouchés aux produits » selon la doctrine de la politique de l’offre énoncée par Jean-Baptiste Say, lequel affirmait en 1828 : « les richesses naturelles sont inépuisables, car, sans cela, nous ne les obtiendrions pas gratuitement « .

    Equipé d’une assise scientifique élémentaire, débarrassé des questions subalternes de hiérarchie des besoins, d’externalités et de finitude des ressources péremptoirement mises en léthargie prolongée, l’open bar productiviste pouvait lancer officiellement le grand bal de l’extraction continue.

    Que des pandémies, guerre ou désordres climatiques menacent le bateau ivre du commerce mondialisé, il importe avant tout que l’orchestre poursuive l’ode aux objectifs de vente tant cet enjeu est le cœur battant de l’économie capitalistique toute entière et de la promesse apocryphe de son bienfait commun.

    Jusqu’à la version moderne du e-commerce qui accroit encore l’effacement de l’intendance dans une répétition ad nauseam d’une hola promotionnelle perpétuelle.

    Cette organisation n’épargne pas l’architecture et sa subordonnée la construction en tant que le concepteur qui est aussi prescripteur se voit confronter aux forces industrielles, tant dans la restriction de sa liberté de choix (cf. le choix de la vêtures dans la problématique ITE où l’architecte se voit inquiété par la tyrannie des marques) que dans sa soumission aux impératifs et impérities du marché au loin en matière de disponibilité des composants.

    Fourniture(s) 2 – Magie de l’approvisionnement

    L’histoire des mots nous éclaire sur leur résonance politique et sociale, voir leur capacité quasi prémonitoire. Ainsi, selon Alain Rey dans le Dictionnaire historique de la langue française », édition Robert , « fournir » a signifié en 1119 : « ajouter les éléments nécessaires pour qu’il ne manque rien » ; on peut entendre une forme de limitation à ce qui fait besoin, le manque étant relatif à l’indispensable.

    Aujourd’hui le terme désigne par métonymie autant la marchandise mise à disposition que l’action de fournir. Cette superposition efface ainsi le quotidien de l’entreprise de production et de logistique dévolue à l’organisation de l’abondance marchande : rencontrer ordinairement un « mur de yaourts » de 5 m2 dans un hyper marché procède du spectacle consumériste banalisé, sans considération des modalités régissant la chaine d’acteurs mobilisés pour cette mise en (ob)scène ni de la chaine de valeurs qui en découle.

    Si l’épisode du confinement a inopinément révélé l’importance des soutiers de cette frénésie, le retour du business as usual les a sitôt renvoyé à leur anonymat, remettant en lumière la charge libidinale des produits et le magasin au milieu du village (du village planétaire quand au e-commerce).

    Cette disparition participe d’une organisation de l’apparence assignant au consommateur le statut de chainon ultime de l’évolution, situation triomphale consolatrice de la qualité morbide des produits de masse disponibles dans l’ensemble des secteurs, de l’alimentation à la construction en passant par l’habillement et les biens domestiques.

    Dans cet opacité, quid du traçage environnementale et social rigoureux des produits ?

    En quoi l’invention du « matériau biosourcé » représente-t-elle autre chose que la capacité technopolitique à recourir à la novlangue pour simuler sa volonté de faire ?


    Fourniture(s) 3 – Le progrès contre les besoins

    La grande aventure de l’invention montre comment l’ingéniosité humaine a d’abord su construire des réponses aux questions posées pour l’assouvissement des besoins … puis à fabriquer des envies fondées sur des nécessités parfaitement dispensables.

    Parmi les moments marquants de cette épopée, le détour de production est un phénomène déterminant qui consiste à investir du temps et des moyens pour interposer entre la réponse à un besoin et l’usager un dispositif à meilleur rendement productif. Lorsqu’il est rendu indispensable et tenu par un tiers qui en tire profit et puissance, cet investissement technique scelle la perte d’autonomie de l’usager par sa soumission d’accéder à un meilleur confort.

    L’exemple classique est celui du besoin en eau où la première solution consiste rustiquement à se rendre régulièrement à pied pour boire à la rivière, puis à fabriquer un sceau optimisant l’efficacité des déplacements, puis à supprimer ces derniers par l’aménagement d’un captage et d’un réseau de distribution.

    La fabrication d’un linteau fourni un autre exemple, du simple bois massif prélevé localement à la solution béton armé qui nécessite la mobilisation de plusieurs filières lointaines (ciment, acier, agrégats …).

    La réalisation des solutions constitue des détours de production en tant que le temps de leur élaboration, s’il n’est pas directement productif, assure à terme un rendement supérieur.

    Chaque étape de ce scénario relevant de ce qui est couramment considéré comme progrès, on voit par là comment celui-ci est une chose ambigüe, générant volontiers aisance et dépendance, et sa promotion en cause non discutable une affaire outrepassant les enjeux de technicité.

    Existent en effet deux catégories de solutions qui se différencient par leur niveau de convivialité telle que définie par Ivan Illich en tant qu’elles tendent à autonomiser ou à asservir leur usagers.

    Apparait alors combien sont cruciales l’importance du travail de la question des besoins, le risque à en confier la résolution opaque à des experts véloces et l’avantage incommensurable à en faire objet de débat public.


    Fourniture(s) 4Glissement sémantique et crémation généralisée

    Le Dictionnaire historique des éditions Robert, renseigne également sur l’évolution anthropologique du rapport aux objets et aux produits.

    Le mot « consommer » vient du latin « consummer » dont la signification attestée vers 1120 est :
    – faire la somme, le total,
    – accomplir, mener à son terme, à son achèvement.

    Il est actif jusqu’au 17 ème avec le sens de « accomplir, parfaire »

    Naît cependant dès le latin chrétien une confusion avec le mot « consumere » racine de consumer et il prend le sens de « perdre, mener à sa fin, détruire« .
    Vers 1580, et suite à cette confusion, on constate l’évolution du sens vers « faire disparaître par l’usage ».
    Parallèlement, le mot dérivé « consommateur » passe d’un sens théologique attesté vers 1525 à un sens exclusivement économique vers 1745.
    Pour aboutir à la définition contemporaine du verbe consommer :  » Amener (une chose) à destruction en utilisant sa substance ; en faire un usage qui la rend ensuite inutilisable » (le Robert).

    D’un acte de transcendance, la consommation devient au fil du temps et des pratiques un acte de réification (transformation d’un processus vivant en objet) et le pilier d’une société prédatrice dans laquelle, sommé inlassablement de consommer des sommateurs insistants, le chaland participe avec enthousiasme au potlatch d’une société de la consumation permanente.

    Cette dégradation esquive une fonction primordiale des établissements humains, celle de l’usage, dont deux effets induits à haute valeur sociale et culturelle :
    – le service rendu aux occupants, habitants, usagers dans le cours de leur vie,
    – la patrimonialisation du bien qui tend à devenir un commun par son occupation attentive et la place prise dans le territoire habité.

    Pause 1 – Des besoins aux préférences, la dernière aventure de l’humanité ?

    Le ressort de la mécanique consumériste réside dans le glissement pervers de l’assouvissement des besoins à l’invention des préférences puis à leur hégémonie prescriptive quasi existentielle : « je suis donc je veux« .

    Si vivre est une perpétuelle quête de satisfaction de besoins, des plus organiques – respirer, boire, se nourrir – aux plus élaborés – nager dans sa piscine, jouer au bridge, faire les soldes à Dubaï … – leur régulation sociale ne fait pas naturellement consensus.
    C’est une affaire éminemment politique.

    Tandis que les états modernes ne sont guère plus qu’une instance d’organisation des superfluités, les forces productives se délectent de la permissivité réglementaire autorisant l’engraissement sans limite des spéculateurs et des actionnaires.

    On comprend le rôle du marketing, traqueur de pulsions, fabricant d’exigences, dans la progression déraisonné du rapport aux objets et à leur consommation.

    On perçoit comment le déclenchement de la décision d’achat en est le graal lancinant dont la quête repose sur un panel de flatteries, promesses illusoires et argumentations biaisées.

    On voit clairement l’instrumentalisation culturelle et sociale de la notion de confort qui génère et légitime le désir d’accéder quoi qu’il en coûte (y compris en plusieurs fois sans frais) au haut de gamme.

    L’absolu du confort résidentiel est connu : la maison individuelle avec jardin en propriété privée. Produit phare de l’immobilier qui cumule une piètre empreinte écologique et une mise en risque de l’économie des ménages, mais qui garde le leadership des souhaits, relayé en cela par les politiques successives soumises sans réserve à l’accumulation bancaire.

    De la volonté de puissance au pouvoir acheter, le glissement de perspective est réalisé sans complexe ; l’établissement de la capacité de posséder, élevé en dû au bénéfice de l’individu sur la société, rend compte du niveau d’aliénation lié au culte de la préférence.

    En sortir réclame plus qu’une somme de petits gestes, plus qu’un « changement de logiciel »; c’est une bascule cosmologique qui peut, sans équivoque, permettre de reconstruire un agencement soutenable de valeurs et de désirs.

  • La recherche fondamentale, c’est comme l’art contemporain, ça sert à rien … et c’est ça qui est bien !

    En effet, pas plus que la théorie des cordes ne répond aux besoins fondamentaux du quotidien, la figuration narrative ne prédispose à la réussite d’une mayonnaise ; l’expérience du chat de Schrödinger n’aide pas à toucher un quinté plus dans l’ordre tandis que la maîtrise du dropping présente peu d’utilité pour trouver un logement correct à un prix abordable en secteur tendu…

    Et pourtant recherche et art se rejoignent en ce qu’ils sont indispensables à faire humanité, parce qu’ils répondent à une pulsion qui caractérise l’homme et l’oblige : le besoin de transcender ses limites, la nécessité de produire du sens, l’exigence d’être à la hauteur de ce qui lui arrive. Admettre les choses telles qu’elles se présentent – ou sont présentées, les recevoir sans questionnement critique revient à subir son destin et s’exclure de la fabrication d’une cosmologie émancipatrice.

    Chercher à voir au-delà de l’évidence, comprendre les subtilités de la matière et du vivant c’est abonder à un récit commun en tant que art et recherche se diffusent, se partagent et s’absorbent dans la geste collective d’un être-au-monde discernant.

    Idéalement, chercheurs et artistes agissent dans un cadre épatant, celui du travail libre ; leur travail, déconnecté de l’efficacité productive ambiante, procède moins de la torture (cf. tripalium, étymologie officielle du mot travail) que du voyage (cf. trabajar, hypothèse étymologie alternative), de l’exploration, de l’aventure de vie.
    Dans un idéal seulement car la marchandisation invasive a fini par gagner et pervertir ces deux domaines, leur administrant les règles d’évaluation communes à l’ensemble des artefacts humains, tant concrets qu’immatériels : n’est utile que ce qui rapporte, ne vaut que le profitable à court terme, n’est adulé que le performant, n’a d’avenir que le quantifiable.

    Déjà celles et ceux en charge d’éclairer et d’enchanter le monde sont pour beaucoup devenus les bouffons d’une industrie du spectacle qui, après avoir transformé la culture en divertissement, s’emploie à faire de celui-ci une entreprise spéculative au service de puissants incultes, demeurés au stade anal de l’accumulation frénétique de richesses, pâmés devant une boursouflure chromée de Jeff Koons sur laquelle il espère à terme faire la culbute.

    Aussi celles et ceux qui traversent les nappes de connaissances, naviguent dans les bordures avancées des savoirs, explorent des fertilités prospectives au service de l’intérêt général se voient désormais les servant/e/s de financeurs privés qui commandent un programme de recherche comme d’aucun un menu Deliveroo.

    Tandis que les chercheurs se réjouissent lorsqu’ils trouvent … des subventions pour poursuivre leur travail, les écoles d’art forment des artistes profilés aux attentes du marché. Si ces asservissements soumettent les acteurs, leurs dommages sociaux sont délétères.

    En manière de résistance séditieuse Robert Filliou a donné une clef incandescente transposable au-delà se son objet premier : « l’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art ».
    Dans une confluence des insoumissions, prenons position pour une recherche fondamentale célibataire, désaccouplées de l’impératif d’une production ordonnée et pour son classement comme « activités d’utilité citoyenne ».